A Venise, même si le symbole de la ville est la gondole, j’aime encore mieux le masque. Dans une ville d’eau, de brume et de pouvoir, le masque permet de se glisser dans l’univers de la cité et de ses habitants, les vivants et les fantômes.
Autrefois, en pleine décadence du XVIIIe siècle, le carnaval durait six mois de l’année et l’on pouvait alors vivre doucement dans la ville de Casanova et du Caravage. Masqué le jour, masqué la nuit, fardé et bien vêtu, rien d’autre que la mort ne pouvait vous arriver et les murmures, les rumeurs et les soupirs pouvaient librement rouler le long du grand canal, franchi les ponts, se perdre dans la dentelle des ruelles étroites.
Le visage dissimulé, l’amour pouvait se déclarer plus aisément au son enivrant du clapotis baignant palais et maisonnettes. Le masque savait alors faire vivre à Venise des soirées comme ceux qui n’ont jamais eu le visage dissimulé ne peuvent se l’imaginer. Si on ne reconnaît pas les yeux, on peut offrir le corps, ouvrir les oreilles, se réjouir la langue et s’amuser jusqu’à un matin incertain et brumeux sur la lagune.
Aujourd’hui, le masque ne se porte plus qu’une semaine par an et des milliers d’étrangers viennent de partout envahir les gondoles, battre le pavé, s’extasier et, à visage découvert, surs de leur anonymat néanmoins, écouter les secrets de ceux qui vivent et meurent encore dans la ville.
Pourtant, quand, quittant la foule, on part découvrir Venise loin de la plazza san Marco, le masque et le masqué se révèlent à chaque dédale où l’on se perd, dans l’éclat vert d’une ruelle d’eau sans fin, dans le calme d’une église ou reposent les grands esprit italiens et dans les boutiques où l’on peut se procurer à son tour un des masques à plume ou qui scintillent pour admirer la belle Venise secrète qui s’offre les yeux fermés.
Toutes ces belles photos ont été prises ici

stigieux comme son fleuve, rouge brillant comme l’océan qui envoie au loin le vin pour les dégustations étrangères, dur ou doux comme les gens d’ici, délicat certainement tel les fines ruelles du centre ville, petites nervures d’un autre siècle, savoureux assurément comme un soleil en terrasse et l’accent du sud, majestueux comme ses monuments, fier comme toux ceux qui vivent ici de la vigne et du produit généreux de la terre arrosée de lumière, baignée de verdure, étiquetée rangée et classée.

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