Des villes et des choses

Lundi 22 mai 2006

A Venise, même si le symbole de la ville est la gondole, j’aime encore mieux le masque. Dans une ville d’eau, de brume et de pouvoir, le masque permet de se glisser dans l’univers de la cité et de ses habitants, les vivants et les fantômes.

Autrefois, en pleine décadence du XVIIIe siècle, le carnaval durait six mois de l’année et l’on pouvait alors vivre doucement dans la ville de Casanova et du Caravage. Masqué le jour, masqué la nuit, fardé et bien vêtu, rien d’autre que la mort ne pouvait vous arriver et les murmures, les rumeurs et les soupirs pouvaient librement rouler le long du grand canal, franchi les ponts, se perdre dans la dentelle des ruelles étroites.

 

 

Le visage dissimulé, l’amour pouvait se déclarer plus aisément au son enivrant du clapotis baignant palais et maisonnettes. Le masque savait alors faire vivre à Venise des soirées comme ceux qui n’ont jamais eu le visage dissimulé ne peuvent se l’imaginer. Si on ne reconnaît pas les yeux, on peut offrir le corps, ouvrir les oreilles, se réjouir la langue et s’amuser jusqu’à un matin incertain et brumeux sur la lagune.

 

Aujourd’hui, le masque ne se porte plus qu’une semaine par an et des milliers d’étrangers viennent de partout envahir les gondoles, battre le pavé, s’extasier et, à visage découvert, surs de leur anonymat néanmoins, écouter les secrets de ceux qui vivent et meurent encore dans la ville.

 

Pourtant, quand, quittant la foule, on part découvrir Venise loin de la plazza san Marco, le masque et le masqué se révèlent à chaque dédale où l’on se perd, dans l’éclat vert d’une ruelle d’eau sans fin, dans le calme d’une église ou reposent les grands esprit italiens et dans les boutiques où l’on peut se procurer à son tour un des masques à plume ou qui scintillent pour admirer la belle Venise secrète qui s’offre les yeux fermés.

 

Toutes ces belles photos ont été prises ici

 

 

 

Par Mimine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 24 mai 2006

A Cork la rebelle, surnom héritée de son histoire tourmentée, la vie ne serait pas la même sans la bannière enragée et la flûte irlandaise, la tin whistle.

 

Le jour et la nuit, l’âme irlandaise bat le pavée dans la ville au son mélodieux et vif de la ville. Elle résonnée en tête de cortège et dans les cœurs, on la retrouve le soir au pub qui rythme là l’art de déguster sa pinte tout en s’enflammant du combat du lendemain.

L’indépendance et la paix, il a fallu et il faudra pour les arracher continuer à défiler bannière en tête et flûte dans le cœur, Cork la rebelle ne s’arrêtera pas tant qu’elles seront toujours là dans les maisons et dans les rues, les prisons, la nuit sur le port et tôt le matin pour réveiller les consciences qui sommeillent encore.

Par Mimine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 3 juin 2006

Venise, la ville ou l'eau finira par gagner, quoiqu'on fasse. Que les glaciers se mettent à fondre d'un petit mètre et les vénitiens auront perdu leur Rez De Chaussée. Dans deux siècles, ils ne leur restera que les toits du palais des Doges. Mais les gondoles seront encore là.

Pendant des siècles, des dizaines se faisaient tailler, ornementer, peindre en noire, délicatement ciseler , construire chaque année.  Aujourd'hui, ils sont rares ceux qui en vivent encore. Pourtant, elles sont le symbole de la ville magique, la ville d'eau, de canaux, de ponts, la ville aquatique qui a maitrisé les mers pendants de longs siècles lointains.

Aujourd'hui, ce ne sont plus les vénitiens qui utilisent les gondoles, eux ils ont les vaporetti publics et des dizaines de petites embarcations à moteurs. Les gondoles, c'est pour les touristes qui paient le prix fort la roucoulade amoureuse et aquatique, la chance de s'approcher au plus près de l'eau et des canaux qui servent aussi d'égout à la ville...

Mais quand on arrive à Venise, on oublie vite cela et on admire seulement les fières embarcations qui tracent les chemins d'eau verte, les gondoles attachées à des piquets de bois et qui clapotent doucement. On apprécie alors les siècles qui passent sans qu'il y ait la plus de bruit que celui des vaguelettes bleues sur le bois noir.

Et on espère seulement que ceux qui utilisent plus que leurs bras pour se déplacer, ceux-là, nous tous, nous laisserons un répit aux glaciers pour que vivent longtemps la merveille et ses bâteaux, Venise et ses gondoles.

Par Mimine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 9 juin 2006

A Bordeaux la bourgeoise, une Australienne m’a demandé, une bouteille à la main, dans l’auberge de jeunesse : « you too you come for the wine ? ».

Le verre du sang de la terre d’ici se déguste dans les restaurants, les brasseries, les cafés, se vend dans toutes les épiceries, s’expose, se montre et parade. Il parade devant les yeux qui brillent de ceux qui comme Cathy l’Australienne, ont fait un long chemin pour venir le déguster dans la ville d’un fier XVIIIe siècle, qui veut montrer sa finesse, sa distinction et attirer à elle tous les gastronomes de la planète.

 

Alors le vin ici, il faut apprendre à la découvrir comme on découvre Bordeaux. PreLes Vignobles de St-Emilionstigieux comme son fleuve, rouge brillant comme l’océan qui envoie au loin le vin pour les dégustations étrangères, dur ou doux comme les gens d’ici, délicat certainement tel les fines ruelles du centre ville, petites nervures d’un autre siècle, savoureux assurément comme un soleil en terrasse et l’accent du sud, majestueux comme ses monuments, fier comme toux ceux qui vivent ici de la vigne et du produit généreux de la terre arrosée de lumière, baignée de verdure, étiquetée rangée et classée.

La ville est fière comme une belle reconnue de tous les prix exposant à tous le goût vermillon de ses baisers. On y vient de loin pour connaître cette fameuse culture française, apprendre des œnologues les plus réputés, s’offrir simplement au déjeuner un verre du sang divin de la terre d’Aquitaine sur laquelle Bordeaux règne, surveillant d’un regard clair les millions  de pieds qui s’épanouissent au printemps, mûrissent en été et émerveillent à l’automne.

On ne fait pas que produire ici, on exporte ...

Par Mimine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 6 février 2007
Bruges est LA ville romantique de Belgique, la « Venise du Nord »…enfin c’est ce que veulent absolument nous faire croire tous les offices de tourisme de France et de Belgique. Une ville au charme médiéval, intacte, qui respire un art de vivre serein, une ville figée avant la Révolution industrielle où on peut ( ou on doit ?) se balader main dans la main au grés des ruelles. Et une des manières les plus concrètes de faire comprendre aux visiteurs qu’ils sont là pour s’aimer, être émerveillés et dépenser leurs économies dans tout un appareillage capitaliste pour l’amour romantique, c’est de remplir les rues de calèches traînées par des chevaux. Dans le centre de la ville, ces carrioles sont nombreuses qui traînent sur le même chemin des couples toute la journée, au son des sabots sur les rues pavées, des hennissements et des piaillements des jeunes passants émerveillés par l’étrange introduction de ce moyen de transport d’autrefois dans une ville du XXIème siècle.
Pour le touriste non averti et/ou non amoureux, les calèches représentent surtout le risque de se retrouver nez à naseaux avec un quadrupède harnaché et condamné à vie à exécuter le même tour de piste. Niveau pollution bien sur, l’affaire est plutôt bonne, niveau économique elle l’est sûrement encore plus.
Mais peut-on imaginer une ville « romantique » sans ces chevaux, symboles de l’époque romantique ou ils étaient les rois du déplacement et animal indispensable des contes de fées, sans lesquels le beau prince ne pourrait enlever sa douce promise ? Eventuellement, il est bon d’ailleurs de pouvoir le coupler avec la gondole ou tout autre moyen lent de navigation sur des canaux.
D’ailleurs cette critique pas bien méchante, se cache celle des raisons qui nous poussent à voyager dans certains endroits et pas dans d’autres. Au nom de quoi décrétons-nous que Bruges est « romantique » ? Et si le qualificatif peut aller à toutes les Venise du monde ( d’Italie, verte ou du Nord…), qui sont ceux qui soutiennent encore que Paris ou New York le sont aussi ? D’une, quand on s’aime, tout devient romantique, on trouve même du charme à une banlieue industrielle pourvu que se soit là que se trouve l’Autre et de deux, il ne faut pas croire tous les publicitaires du monde, même quand ceux ci répètent sans s’en rendre compte des banalités et des vérités qui datent d’un siècle…

Enfin, amoureux ou pas, vous pouvez aller à Bruges, c’est pas moche… ( mais ce n’est que mon avis).

Venise aussi d'ailleurs.

Par Mimine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus